dimanche 8 février 2009

Brian Savage, pire joueur de l'histoire des Canadiens?


Je doute que peu monteront aux barricades devant cette affirmation, mais je m'explique pour ceux qui veulent des précisions... Quand on parle de hockey, on parle souvent de statistiques. C'est bien le fun de lire des statistiques et de les interpréter. Ça fait parti du mode de vie du fan de hockey, de connaître sur le bout des doigts des statistiques improbables. Tout le monde sait par exemple que dans mon cas, c'est une véritable passion de garrocher des statistiques idiotes sur la production de Kent Nilsson ou bien des Nordiques de la WHA. Mais parfois ça ne dit pas grand-chose sur l'état réel des choses. C'est d'ailleurs une des premières choses qu'on apprend quand on étudie en sciences sociales, c'est la limite des statistiques.

La très grande philosophe Hannah Arendt affirmait ceci à propos des statistiques dans son ouvrage classique Condition de l'homme moderne : Les lois des statistiques ne sont valables que pour les grands nombres ou pour les longues périodes; les actes, les évènements ne peuvent apparaître statistiquement que comme des déviations ou des fluctuations. Ce qui justifie la statistique, c'est que les évènements et que les grandes actions sont rares dans la vie quotidienne et dans l'Histoire. Et, cependant, le sens des rapports quotidiens se révèle en de rares actions et non dans la vie quotidienne, de même que la signification d'une époque de l'Histoire ne se manifeste que dans quelques évènements qui l'éclairent. (p.81)

En clair, ce que Arendt affirme c'est que ce n'est pas dans la linéarité du quotidien que l'Histoire se vit et l'application de la loi du grand nombre ne signifie pas grand-chose pour des actes exceptionnels. Mis dans la situation du hockey, interpréter la réalité par les statistiques peut être très trompeur. Voici quelques exemples afin d'illustrer ce propos. Saison 1989-90... Si on regarde les statistiques des Penguins de Pittsburgh, on peut voir en apercevant la production personnelle de l'équipe, que Mario Lemieux récolta 123 points, Paul Coffey en empocha 103 et John Cullen un bon 92, on peut penser que l'équipe avait du succès. Malheureusement, l'équipe ne se qualifia pas pour les séries. C'est dans la colonne des plus/minus que statistiquement on peut voir que l'équipe était quand même médiocre. Mario Lemieux termina la saison à -18, Coffey à -25 et Cullen à -13. Autre exemple qui montre l'inverse. Les Capitals de Washington atteignirent la même année la finale de conférence. L'un des piliers de l'équipe, le défenseur Rod Langway, termina la saison régulière avec un total de 8 points dont aucun but et avec un différentiel de +7. Aucun joueur de l'équipe jouant régulièrement ne dépassèrent 79 points cette année-là et aucun joueur régulier ne descendu en bas du -10.

C'est pour ça que j'aime beaucoup le plus/minus comme statistique si on accepte de jouer le jeu qu'Hannah Arendt dénonce. C'est la statistique la plus efficace pour montrer comment un joueur peut être efficace sur la glace à un moment donné. Des joueurs peuvent avoir des saisons remarquable en termes de buts et de passes, mais les statistiques de plus/minus ne mentent rarement sur la performance de l'équipe... Un autre exemple, Ilya Kovalchuk a beau avoir marqué 52 buts en 2005-06, sa statistique de -7 nous montre qu'il jouait dans une équipe qui n'a pas fait les séries cette année-là. Le plus/minus va selon moi au-delà de la performance individuelle et montre d'une bonne façon si le joueur faisait parti d'une bonne équipe ou non. C'est en gros ce que la citation d'Hannah Arendt dénonce. Voilà comment j'en arrive à Brian Savage...

Je me suis récemment amusé à étudier les stats de toute l'histoire des Canadiens et étudier le plus/minus au total en carrière avec le Canadiens est un exercice vraiment intéressant. Au top 10 des meilleurs totaux de plus/minus en carrière, on retrouve ceci :
1. Larry Robinson +700
2. Serge Savard +492
3. Guy Lafleur +477
4. Steve Shutt +409
5. Jacques Lemaire +349
6. Guy Lapointe +347
7. Yvan Cournoyer +272
8. Peter Mahovlich +267
9. Jacques Laperrière +241
10. Pierre Mondou +215

Quand on analyse bien ces stats, on voit que la plupart des joueurs ayant le meilleur total de plus/minus en carrière avec les Canadiens, on s'aperçoit que les meilleurs sont les joueurs de la dynastie de la fin des années 70 mis à part Jacques Laperrière qui prit sa retraite en 1974. En passant, Larry Robinson est le détenteur du record de la NHL pour le total de plus/minus en carrière et gageons que ce record ne sera probablement jamais battu. Il faut dire aussi que le Canadiens ne calcule le plus/minus que depuis la saison 1967-68, donc on ne peut pas savoir pour combien Maurice Richard ou Boom-Boom Geoffrion ont joué en carrière et je crois bien que le +67 en carrière de Jean Béliveau doit être en réalité un peu beaucoup plus élevé.

Voici à l'inverse les 10 pires joueurs de l'histoire du Canadiens au total de plus/minus en carrière :
1. Brian Savage -51
2. Sheldon Souray -44
3. Craig Darby -36
4. Scott Thornton -28
5. Sergei Zolthok -25
6. Stéphane Robidas -25
7. Michael Ryder -24
8. Yannic Perreault -24
9. Patrick Traverse -24
10. Turner Stevenson -22

Okay, il n'y a pas de quoi écrire à sa mère, je suppose que les totaux des pires Nordiques de tous les temps doivent être pire... Mais remarquez le nom des joueurs... N'est-ce pas une bonne liste de joueurs qui nous a fait sacrer à la fin des années 90 et au début des années 2000? Je suis d'ailleurs très content de voir Sheldon Sourray très haut dans ce palmarès... Encore une fois on ne tient pas compte de la période antérieure à 1967-68 parce que fort probablement des joueurs par exemple des années 1930 auraient pu se ramasser dans ce palmarès.

Par contre, à la défense de Brian Savage, encore une fois, un total de statistique comme je viens de faire état dresse un portrait sur une longue période, en aplatissant la carrière de Savage à Montréal... Dire par exemple comme je viens de le faire que Savage est le pire joueur du Canadiens selon le total en carrière de plus/minus avec l'équipe réduit grandement la carrière du joueur. Savage a terminé la saison 1997-98 avec un total de +11 et il accumula un sommet personnel de 26 buts à l'occasion de cette saison. Il s'agirait, si on se fit à la critique d'Hannah Arendt, d'une déviation.

Donc la morale de l'histoire c'est que les statistiques font sans aucun doute parti de l'action d'être fan de hockey, mais qu'est-ce qu'elles veulent vraiment affirmer... Est-ce qu'une statistique nous montre qu'un joueur s'est retrouvé dans une équipe médiocre et qu'il a joué une saison d'enfer jouant avec la langue sortie toute la saison mais sans résultat? Je ne crois pas. Les statistiques ont donc le problème de réduire une grande performance à un évènement exceptionnel et on sait que parfois au hockey les évènements peuvent avoir plus d'impacts que n'importe quoi. Quand on se fit aux statistiques de plus/minus on soumet également le jouer à être victime de l'équipe pour lequel il évolue, donc sa performance personnelle dépend de beaucoup de facteurs externes... Comme quoi toutes les statistiques doivent être prises avec un grain de sel...

Je m'excuse à Brian Savage...

3 commentaires:

Fabien Loszach a dit…

de loin ton meilleur article
c'est tout simplement excellent.

tu enlèverais le pronom personnel Je et je te porterais au pilori

Martin ITFOR a dit…

CE'st quoi un blogue sans le je?

La représentation de soi cE'st l'outil de communication principal du blogue...

Antoine a dit…

Fabien, mon perroniste, toi! :-)