vendredi 14 janvier 2011

(Presque) Tout sur Ed Ronan


Un mec nommé Fred Lavallée m'a contacté cette semaine pour me demander si je pouvais reproduire sur mon blogue le texte qu'il a écrit suite à une entrevue qu'il a fait avec nul autre qu'Ed Ronan.

Vous vous rappelez certainement d'Ed Ronan. Déjà à l'époque il était une curiosité parce qu'il était un des rares joueurs dans la NHL à avoir été repêché en 11e ronde. En fait, ce n'était pas nécessairement une curiosité à cet époque parce qu'à une certaine époque, beaucoup de grands joueurs soviétique ou européens étaient sélectionnés en 11e et 12e rondes. Par exemple, des Uwe Krupp, Sergei Makarov ou Igor Larionov ont été sélectionné lors des deux dernières rondes dans les années 80.

Ce qui était moins certain, c'était, pour un joueur issu des milieux universitaires américains, de parvenir à la NHL lorsqu'on était sélectionné dans les dernières rondes... Et bien Ed Ronan, tenancier du 31 bien avant Carey Price et après John Kordic, a suivi ce très long parcours des milieux universitaires jusqu'à la NHL et à avoir son nom sur la Coupe Stanley...

Voici donc son très long récit retranscrit avec passion par un passionné :

Je me lève vers 7h ce matin-là. Je suis un peu nerveux, j’ai mal dormi. Comment avais-je pu en arriver là? Moi, un amateur de salon, futur historien en herbe, j’avais réussi à obtenir une entrevue avec un ancien champion de la Coupe Stanley? J’étais prêt, j’avais plusieurs heures de recherches et de planification derrière la cravate, mon questionnaire était prêt…mais la nervosité demeurait malgré tout. Avant de partir travailler, ma blonde a fait l’éloge de mon ’’guts’’ et m’a quitté avec les mots suivants : ‘’ Ça va bien aller! ’’.

Ça va bien aller…ça va bien aller…je veux bien, mais je ne suis rien de professionnel, moi! J’ai peur de sonner comme la chienne à Jacques ou de trébucher pendant l’entrevue, malgré ma maîtrise excellente de la langue de Shakespeare…

Je me fais un café, lis quelques nouvelles, et arrive l’heure fatidique. Avant même que je m’en rende compte, la conversation était commencée…

- ‘’ Hello! ’’
- ‘’ Hello, Mr. Ronan? ’’
- ‘’ Oh, hi Fred! ’’

Je n’en revenais pas! J’étais en train d’interviewer Ed Ronan, champion de la Coupe Stanley en 1993 avec le Canadien! Bien sûr, ici à Montréal, nous avons plus en mémoire les Brian Bellows, Kirk Muller, Patrick Roy et Vincent Damphousse, mais Ronan a eu son mot à dire avec deux buts et cinq points en séries. Il a eu la gentillesse de m’accorder du temps pour une entrevue…dont je partage les faits saillants avec vous.


Ed Ronan est né à Quincy, au Massachusetts, le 21 Mars 1968. Il a cependant grandi à North Andover, et c’est là qu’il a appris à patiner…

‘’ Je viens de ce qu’on pourrait appeler une maison de hockey. Mon grand frère jouait au hockey, et le frère de mon père a évolué au niveau collégial américain également. J’ai commencé à jouer au hockey seulement pour le plaisir, nous avions un étang près de la maison et mon grand frère et moi y passions des heures, même avant d’aller à l’école des fois! ’’ de dire l’ancien ailier droit du Canadien.

Plusieurs jeunes joueurs étaient des grands fans de la LNH en grandissant, mais c’est presque uniquement sur la glace que le jeune Edward a développé son goût pour le hockey. En tant que montréalais, je ne pouvais m’empêcher de lui demander s’il était un fan des Bruins en grandissant, question à laquelle il a acquiescé par l’affirmative : ‘’ Mon meilleur souvenir par rapport aux Bruins dans ma jeunesse est un but de Brad Park en séries, en prolongation contre les Sabres. Je ne regardais pas beaucoup de hockey de la LNH quand j’étais jeune, je préférais jouer. Je regarde beaucoup plus de hockey maintenant que lorsque j’étais enfant. ’’

Ronan a passé dix ans dans le programme de hockey mineur de sa région, où il a joué et grandi avec un autre joueur de la LNH, Steve Heinze : ‘’ Le programme de hockey mineur ( Youth Hockey Program ) a pris son envol environ en même temps que j’ai commencé à jouer. J’étais au bon endroit, au bon moment ’’.

Cependant, Edward n’était pas le plus talentueux. Il lui est arrivé de se faire dire qu’il n’était pas assez bon, qu’il n’avait aucune chance d’accéder à la LNH. Même son grand frère n’y croyait pas. Je lui ai demandé s’il avait pensé tout abandonner à l’époque, et sa réponse fut on ne peut plus catégorique…

‘’ Non, ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Au hockey américain, les niveaux de jeu forment une pyramide, et il y a des équipes scolaires qui se forment. Le niveau est très élevé! Certains trouvaient que j’étais un bon joueur mais je jouais contre tous les autres bons joueurs…et j’avais certainement mes faiblesses. Plusieurs personnes croyaient que je n’avais pas le talent nécessaire et j’ai entendu les gens dire différentes choses, et c’est correct. Ça n’est que l’opinion d’une personne après tout... ’’

Et son propre avis sur la question?

‘’ J’avais encore un long chemin à parcourir et beaucoup d’améliorations à apporter à mon jeu. Je me suis beaucoup amélioré. J’ai passé un an de plus au secondaire, seulement pour des raisons scolaires, car je voulais étudier à Princeton. C’est pendant cette année supplémentaire à jouer pour l’équipe de l’Académie Phyllis à North Andover qu’André Boudrias, un dépisteur de l’organisation du Canadien, m’a découvert. ’’

En effet, Ed Ronan a été repêché tardivement ( 11ème ronde, 227ème au total ) par le Canadien lors du repêchage de 1987. Comme il sortait fraîchement du secondaire et qu’il pensait terminer ses études à l’Université, il ne s’attendait pas du tout à être repêché…

‘’ En fait, je ne l’ai su que quatre ou cinq jours plus tard. Je marchais dans les couloirs à l’école et quelqu’un m’a dit que les Canadiens m’avaient repêché. Je croyais à une blague, mais André Boudrias m’a appelé le lendemain pour me dire de lui envoyer une photo et mes coordonnées, afin qu’il m’envoie ma trousse du Canadien, avec mon chandail et tout le reste. ’’

En tant que fan rêveur, je n’ai pu m’empêcher de lui dire que ça avait dû être tout un moment que de tenir son chandail du Canadien pour la première fois…et il m’a répondu…

‘’ C’était merveilleux. Je savais que j’avais encore beaucoup de chemin avant d’atteindre la LNH et je voulais me concentrer sur mes quatre ans à venir à l’Université de Boston. En ce qui me concerne, ce moment-là très bien pu être le fait saillant de ma carrière... ’’

En effet, l’ancien ailier droit du Canadien se savait loin de la LNH. Il s’est donc concentré sur ses études, dans le but d’obtenir un diplôme en Finances, à Boston University. Il a joué pour l’équipe de hockey de l’université, les Terriers. Il a remporté le championnat de l’Est en 1991 et s’est incliné en troisième prolongation en grande finale de la NCAA cette année-là : ‘’ Définitivement le meilleur souvenir de mes quatre années là-bas! ’’ de dire Ronan, qui a eu comme coéquipiers à Boston Shawn McEachern, Tony Amonte et Keith Tkachuk…

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Partie 2

À la fin de ses études à l’université, Ed a signé son premier contrat professionnel avec l’organisation du Canadien, et il a joint les rangs des Canadiens de Fredericton pour la saison 1991-1992. Il a pu vivre son baptême de feu alors qu’il a été rappelé pour trois matchs pendant la saison…

‘’ J’étais sur la route avec le petit Canadien quand Paulin Bordeleau m’a appelé dans son bureau. Paul DiPietro et Jesse Bélanger avaient été rappelés en même temps que moi. Il y avait des blessés et mon premier match a été disputé au Garden de Boston, contre les Bruins. Ça a été toute une expérience…jouer contre Raymond Bourque, que j’idolâtrais dans ma jeunesse. Il y avait des membres de ma famille dans les gradins…un merveilleux souvenir. Je me souviens avoir tenté de déjouer Bourque à un contre un, et il m’a neutralisé assez facilement! ’’ de dire en riant l’ancien joueur en se rappelant son premier match.

Ronan a joué 53 matchs pour les Canadiens en saison régulière en 1992-93, et il a marqué son premier but contre Curtis Joseph des Blues : ‘’ Je jouais avec Denis Savard et Gilbert Dionne et j’ai logé la rondelle dans la lucarne à la gauche de Joseph. C’était un beau but, sûrement mon plus beau dans la LNH! ’’ de se rappeler celui qui a un abonnement de saison pour les matchs des Terriers.

Comme déjà mentionné plus tôt, les Canadiens ont gagné la Coupe et la vedette du jour a marqué deux buts et obtenu cinq points pour aider les Habitants à gagner ce qui est à ce jour, leur dernière coupe Stanley. Son meilleur souvenir, mis à part la victoire de la Coupe?

‘’ C’est une difficile, celle-là! Je dirais la séquence de dix victoires en prolongation car ça montre le caractère que possédait l’équipe, et que ça allait plus loin que le talent individuel. Nous avions les nerfs solides et nous étions très confiants quand nous arrivions en prolongation. On dirait que nous ne nous sentions jamais le dos au mur. Nous étions une équipe qui jouait la possession de la rondelle, ce qui était moins en vogue à l’époque. Notre groupe de défenseurs, avec Brisebois et Desjardins en tête, bougeait bien la rondelle. Comparé aux autres équipes pour lesquelles j’ai joué, je n’ai jamais vu un groupe aussi uni. Nous nous apprécions tous dans le vestiaire et nous étions tissés serrés. ’’

Après la victoire de la Coupe Stanley en 1993, Ronan a joué deux saisons complètes pour les Canadiens sans retourner dans la Ligue Américaine. Après la saison écourtée du lock-out en 1995, les Canadiens l’ont laissé partir à Winnipeg via le ballotage…

Quelques matchs joués et peu de temps de glace plus tard, il fut retourné dans la Ligue Américaine avec les Falcons de Springfield. Encore une fois, avec l’adversité, cette fois-ci un retour dans les mineures, a-t-il remis son futur au hockey en question?

‘’ Je crois que mon futur était toujours en suspend…c’est le genre de joueur que j’étais. Je savais que je n’étais pas assez bon pour jouer à un niveau tel que mon poste était sans risques. J’ai toujours dû me battre pour ma position et je crois que c’est ce qui a rendu plus difficile ma carrière dans la LNH, je n’avais pas la stabilité que pouvait avoir un avant du Top 6, par exemple. Ça a rendu les choses difficiles à la longue car j’avais désormais une petite famille. ’’ de dire celui qui est maintenant père de trois enfants.

Et il y est allé de la réflexion suivante : ‘’ Pour un joueur de troisième ou quatrième trio comme moi, surtout au niveau de la LNH, tu ne pratiques pas autant car la saison dure 82 parties. Le temps de pratique ( amélioration individuelles des compétences vs pratique en équipe en tant que tel ) est très restreint et les entraîneurs mettent plus l’emphase sur le conditionnement physique que sur les capacités de chacun à penser et réagir plus vite. Je crois qu’à la longue, mon jeu s’est tranquillement déterioré. ’’

Après avoir bien paru avec Springfield, l’ancien ailier droit des Terriers de Boston University a obtenu un contrat à deux volets avec les Sabres de Buffalo. Il commence la saison 1996-97 avec le club-école des Sabres, les Americans de Rochester : ‘’ J’avais bien joué à Springfield la saison d’avant et ça m’a valu un contrat avec les Sabres. John Muckler aimait ma façon de jouer et John Tortorella était mon coach. Je jouais aussi avec Terry Yake, sur qui tu as écrit il n’y a pas longtemps! ’’

Ronan continue de bien faire à Rochester, si bien que les Sabres le rappellent pour terminer la saison et aider pour les séries. ‘’ Ted Nolan aimait mon style et nous avions une équipe défensive et travaillante, ce qui allait bien avec ma façon de jouer. J’évoluais avec Mike Peca et Jason Dawe, sur l’aile gauche. ’’ de se remémorer l’ancien numéro 5 des Sabres.

C’est à Buffalo que Ronan marquera son dernier but en carrière dans la LNH lors des séries éliminatoires…’’ En plus, c’était en prolongation pour prolonger la série contre les Flyers de Philadelphie! ’’ dit Ronan, qui vit malheureusement la série prendre fin au match suivant, alors que les Sabres furent défaits en cinq matchs par les Flyers.

Il finira sa carrière avec les Bruins de Providence dans la Ligue Américaine, et se retirera à l’issue de la saison 1997-98. Il n’a pas considéré aller jouer en Europe, même s’il était encore très jeune à 30 ans…

‘’ J’avais joué au plus haut niveau, et si je ne pouvais y retourner, je préférais me retirer. De plus, j’avais déjà deux enfants ça devenait difficile de toujours vivre sans stabilité avec une petite famille. Je suis donc passé à autre chose. ’’

Et cet ‘’autre chose’’, c’est sa carrière de planificateur financier dans son état natal du Massachusetts. Avec une carrière constamment sur la corde raide dans le hockey, Ed Ronan a eu l’intelligence de se donner une autre corde à son arc. Il est aujourd’hui très heureux dans son domaine…

‘’ J’aime bien ce champ d’expertise car cela requiert plusieurs éléments que l’on retrouve dans une équipe de sport, c’est-à-dire le travail d’équipe et l’esprit de compétition. C’est un travail exigeant et qui demande beaucoup de motivation et de dévotion. D’ailleurs, les gens avec lesquels je dois travailler sont très motivés et disciplinés, mais c’est ce que j’aime. C’est le genre de personne que je suis. ’’

Ce qui lui manque le plus de sa carrière au hockey? ‘’ La compétition. Le défi de gagner au plus haut niveau est tellement satisfaisant…et c’est une chance que peu de gens ont. ’’

L’ancien joueur du Canadien est marié et a trois enfants, et il a été l’entraîneur de son fils, qui a gagné le championnat régional dans le tournoi des moins de 16 ans. Il a une fille de treize et une fille de dix ans, qui joue aussi au hockey. Il avait un conseil pour les jeunes qui veulent prendre la même voie que lui et finir leur études…

‘’ C’est bon de prendre la voie de la NCAA, ne serait-ce que pour se donner d’autres plans en cas de problèmes. Même pour un joueur de haut niveau, c’est un bon choix car aussitôt que tu as un an de complété, tu peux retourner finir tes études quand tu le désires, même 25 ans plus tard. Le niveau collégial américain est un bon tremplin vers une bonne carrière. Il y a des jeunes de la NCAA qui paraissent bien et de plus en plus font carrière. On peut penser à Colin Wilson, avec Nashville et le défenseur Shattenkirk au Colorado. Le premier choix du Canadien en 2009, Louis Leblanc, l’a aussi fait. Et si ta carrière dans le hockey tourne mal, tu as un excellent plan B. ’’

Ronan a gardé quelques amis de ses années à Montréal. Il est venu la dernière fois le 22 Novembre 2008, pour le retrait du chandail de Patrick Roy. Il est toujours fan de hockey, il voit presque tous les matchs des Terriers à Boston. Si la possibilité se présente, il aimerait continuer de s’améliorer comme entraîneur. Il est aujourd’hui âgé de 42 ans.


En tant que fan, j’aimerais remercier Ed Ronan pour sa générosité et sa courtoisie. Il a été très bon joueur et ça a été un plaisir pour moi d’avoir du temps pour lui poser des questions.

Et au nom de tous les fans, j’ai remercié Ed Ronan pour sa contribution de la Coupe Stanley de 1993. ;)

Quant à moi, ne me remerciez surtout pas. J’ai eu mon Cadeau de Noël d’avance cette année, puisque l’entrevue date de juste avant le Temps des Fêtes. Un des 40 minutes les plus fascinants de ma vie, vous auriez dû me voir sourire. Un enfant dans une confiserie!!!

Mais, bon Dieu que je sonnais comme la chienne à Jacques pareil, finalement! ;)



4 commentaires:

sebed a dit…

Merci pour l'article. J'avais 14 ans quand le Canadien a gagné la coupe en 93, et a mes yeux les Dionne, Brunet, DiPietro, Leeman et Ronan étaient mes idoles de jeunesse. Des gars au talent limité mais hyper travaillants.

Chris a dit…

Excellent article!

Sébastian Hell a dit…

Nice!

J'aime que nos blogues, jobs et passion du hockey créent des amitiés et des collaborations pour plusieurs d'entre nous.

Merci à vous deux pour l'entrevue et la publication.

Je l'aimais, Ronan, pas mal plus que Brunet. C'était un Mike Keane-light, sans la (petite) touche offensive et le leadership inné, mais tout aussi infatigable et déterminé.

Frédérick A. Lavallée a dit…

Merci Seb Hell, ça me fait plus que plaisir. C'est pour ça que je le fais! Merci aussi à Martin qui tient ce blogue intéressant et qui fait changement!