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mardi 26 juillet 2011

Trêve de hockey #47 : Le Manic de Montréal






Manic

C’est en 1967 que fut fondé ce qui deviendra la North American Soccer League (NASL). Cette ligue peut être considérée comme la première ligue de soccer d’envergure en Amérique du Nord. Comme elle représentait un sport relativement peu connu pour beaucoup de gens, elle dut faire face à certains défis, mais ce n’était pas le seul problème. Elle comprenait quelques équipes stables, avec autour une multitude d’équipes qui allaient, venaient, déménageaient ou fermaient. Le nombre d’équipe varia au fil des ans de 5 à 24. Les propriétaires n’étaient pas tous fortunés, entièrement engagés envers ce sport ou même connaisseurs de celui-ci.

De plus, pour attirer l’attention, les équipes engagèrent plusieurs vedettes internationales à grands frais. On peut citer par exemple l’allemand Franz Beckenbauer et la mégastar brésilienne Pelé avec le Cosmos de New York ou le néerlandais Johan Cruyff à Los Angeles. Ces vedettes coûtaient cher et exigeaient donc pour les équipes un niveau de revenus que bien peu d’entre elles parvenaient à atteindre.

Du côté de Montréal, une première tentative a été faite en 1971, avec l’Olympique. L’équipe, qui jouait au défunt Autostade (déjà un mauvais point pour eux), a obtenu de mauvais résultats sur le terrain et est disparue après la saison 1973.


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C’est en 1981 que la deuxième tentative a été faite. La Brasserie Molson cherchait un véhicule publicitaire pour l’été. (La Brasserie O’Keefe commanditait alors les Expos et les Alouettes.) Elle fit donc l’acquisition du Fury de Philadelphie (qui avait eu comme propriétaires Rick Wakeman, Peter Frampton et Paul Simon, et qui était en faillite) pour le déménager à Montréal.

L’équipe fut nommée « le Manic », supposément en référence à la rivière Manicouagan et ses barrages. Sauf qu’on ne peut s’empêcher de penser que « Manic » en anglais veut dire « qui tient de la folie ». On peut se douter que les partisans des Tea Men de Jacksonville ou des Roughnecks de Tulsa ne pensaient pas au barrage Manic 5 lorsque le Manic arrivait en ville…

Molson ne lésina par sur les moyens pour faire connaître son nouveau produit et celui-ci était tout de même acceptable. L’équipe était dirigée par Eddie Firmani, un natif d’Afrique du Sud ayant joué en Angleterre et en Italie, et qui avait déjà gagné le Soccer Bowl à Tampa Bay et à New York comme entraîneur. (Firmani développera une relation particulière avec Montréal. Il sera brièvement entraîneur du FC Supra en 1991, avant de repartir. Il reviendra, encore brièvement en 1993, pour diriger l’Impact.)

Ensuite, les astres s’alignèrent en faveur du Manic. Le baseball majeur déclencha une grève en juin, pour ne reprendre ses activités qu’en août. Du côté du football, les Alouettes étaient au milieu d’une saison horrible. La nouveauté aidant, le Manic attira l’attention et se mit à accueillir des foules considérables au Stade Olympique pour admirer les exploits de Gordon Hill, Tony Towers, Alan Willey et compagnie. Le sommet fut atteint le 2 septembre (alors que les Expos étaient revenus de leur grève et en pleine course au championnat). Une foule de 58 542 spectateurs (avec 3000 autres qui n’ont pas pu entrer) assista à la victoire en séries éliminatoires du Manic, 3-2, contre le Sting de Chicago, l'éventuel champion du Soccer Bowl. L’équipe termina l’année avec une moyenne de 23 704 spectateurs, troisième de la ligue, derrière New York et Vancouver. Elle participa même à une saison de soccer intérieur
en 1981-82, la seule de son histoire.

L’année 1982 se déroula dans des circonstances plus normales (sans grève au baseball). L’intérêt était toujours là, bien que la moyenne descendit à 21 348 spectateurs. Ce fut tout de même la deuxième meilleure dans la ligue. Ce n’était toutefois pas suffisant. Après deux saisons, les pertes s’additionnaient à 7 millions $.

Parallèlement, il fut décidé que pour la saison 1983, l’équipe de Washington deviendrait l’équipe nationale des Etats-Unis, en préparation pour la Coupe du Monde de 1986. On peut voir ici un parallèle avec l’équipe de l’Armée Rouge en Union Soviétique de l’époque, qui pouvait développer une cohésion, tout en jouant dans un championnat établi.


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Molson annonça donc en mars qu’après la saison 1983, le même stratagème serait appliqué au Manic. L’équipe serait remise à l’Association Canadienne de Soccer pour en faire l’équipe nationale. Pour y parvenir, il faudrait donc au terme de la saison 1983 laisser partir tous les joueurs non canadiens et rebâtir. Le public se désintéressa alors de l’équipe. Peut-être était-ce à cause du fait qu’il allait perdre plusieurs de ses joueurs préférés. Peut-être était-ce plutôt parce que le produit sur le terrain était moins intéressant. (Le Manic termina dernier de sa division avec une fiche de 12-18.) Ou peut-être était-ce seulement parce que le facteur nouveauté n’y était plus. Toujours est-il que l’assistance moyenne tomba à 9 910.

Par ailleurs, l’expérience de Team USA s’est avérée un désastre. Peu de joueurs acceptèrent de quitter leur club pour s’y joindre et elle termina dernière de la ligue. L’équipe fut démantelée à la fin de la saison 1983. Équipe Canada ne vit donc jamais le jour et ce fut la fin de la NASL à Montréal. L’histoire du Manic fut donc très intense pendant un moment, mais ce ne fut en bout de ligne qu’un feu de paille.

Quant à la ligue, elle survivra un an de plus, avant de s’éteindre à la fin de la saison 1984.

Sources : Manic Depression, de J. Hutcherson (ussoccerplayers.typepad.com), L’impact du Manic, 20 après de Marc Tougas, 6 septembre 2001 (impactsoccer.com)

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