mardi 31 décembre 2013

Développer des règlements fondamentaux et non populistes




Il y a deux sortes de sport. Il y a ces sports dont les règles sont assez claires et qui ne changent presque jamais ou sinon pour résister aux développements techniques, comme au baseball où l'on regarde presque pratiquement le même sport qu'il y a 100 ans, et il y a ces sports dont on change les règles à tout bout de champs, ce qui fait en sorte qu'on ne peut pas trop comparer les époques entres elles...

Le hockey fait malheureusement partie de la seconde catégorie. Si l'on ne peut pas comparer le hockey d'il y a 15 ans avec celui d'aujourd'hui, imaginez face à celui de l'époque de la fameuse ligne Aurèle Joliat/Howie Morenz/Johnny Gagnon...

Mais ce que je n'aime pas du changement de règles continuel au hockey, c'est que ces changements sont basés sur des désirs de corriger des erreurs lors de changements de règles précédents et/ou de désirs un peu futile de vouloir apparemment "améliorer le spectacle"... Rarement on ne se base sur la philosophie du hockey, sur ses buts et ses constituants en tant que tel, pour développer des règles afin d'améliorer le jeu.  

Il y a par contre ici et là des règles qui sont avancées par des chroniqueurs qui selon moi seraient très intéressantes et qui sont souvent basées sur des réflexions assez poussées sur la base du hockey qui devraient selon moi être appliquées au hockey et qui amélioraient fondamentalement le jeu tout en corrigeant des règles qui ont été développées de manières dites populistes...

Voici donc quelques règles qui sont, selon moi du moins, basé sur l'amélioration du hockey sur sa base fondamentale et non pour "améliorer le spectacles" : 

1. Éliminer les bagarres - Le tout va de soi... En se basant sur la philosophie fondamentale du hockey, sur le but du jeu, on devrait, bien malgré ce que peuvent en penser les Don Cherry du monde, éliminer cet archaïsme qu'est la bagarre... Après tout, se battre n'est pas fondamentalement le but du jeu... Bien certainement, on a beau dire que les gens aiment la bagarre et se lèvent quand il y en a, moi-même j'aime bien et ça me fait lever de mon siège, mais ça n'a pas sa place au hockey... L'argument de la tradition, souvent employé par les défendeurs de la bagarre est souvent un des arguments de dernière instance. Si, par exemple, il y a de plus en plus d'évidences qui pointent vers la confirmation de l'hypothèse selon laquelle les bagarres au hockey causeraient des dommages irréversibles sur la santé des joueurs, à quoi bon l'argument de la tradition si on veut enlever cette chose qui en soi n'est fondamentalement pas le but du sport et qui cause des torts aux "joueurs-pugilistes" à long terme.

Où sont ceux qui dans les années 70 étaient contre le port du casque ou dans les années 50-60 contre le port du masque pour les gardiens et est-ce que ces ajouts ont changé la nature du sport?

Est-ce que l'élimination de la bagarre, surtout ces bagarres un peu niaiseuses de style LNAH où on décide de se battre lors d'une mise en jeu, changera des choses au sport qu'est le hockey, c'est à dire un sport qui se joue à 6 contre 6 sur une patinoire où le but est de mettre une rondelle dans un filet, pour vrai?


2. Purger toute sa punition - J'entends parler ici d'abolir cette règle qui fait en sorte qu'un joueur quitte le cachot lorsqu'un but est marqué. Et pourquoi pas? Il s'agirait du coup de corriger une de ces fameuses règles que je dis populistes.  À l'origine, cette règle a été mise sur pied à une époque où le Canadien de Montréal formait une équipe redoutable pour faire diminuer la charge de buts marqués en avantage numérique par le tricolore et en quelque sorte laisser des chances aux autres équipes. Jamais n'est venue l'idée de dire aux autres équipes de se tenir tranquille sur la glace et de ne pas prendre de punitions... En fait, une punition est une punition, donc si vous avez fait quelque chose de "mal", votre équipe va payer le prix et le prix n'aurait pas à être nécessairement un seul but. Si un joueur prend trop de pénalité et coûte énormément de buts parce que son équipe n'est pas bonne pour résister durant deux minutes à une attaque, le joueur doit payer pour et subir le poids de son geste personnel auprès de son équipe... Après tout, le hockey est un sport d'équipe...

3. Refuser les dégagements en désavantage numérique - Martin Leclerc a récemment écrit une chronique où il affirmait que comme les suspensions ne fonctionnent pas à titre punitif dans la NHL, il faudrait faire payer l'équipe pour les accrocs des joueurs sur la glace-même. La règle émise précédemment fait bien certainement partie du lot mais une autre règle serait éliminée qui ferait très mal aux équipes directement sur la glace lors de punitions de joueurs, celle qui permet les dégagements en désavantage numérique. Je ne sais pas trop pourquoi on permet les dégagements lors des situations de désavantages numériques, mais selon moi, si on n'a pas le droit à 5 contre 5, je ne vois pas pourquoi on aurait le droit en infériorité numérique.

Une punition sert justement à punir un joueur pour un accroc... Si on se fie à une définition de ce qu'est une punition (je vous recommande d'ailleurs de lire Surveiller et Punir de Michel Foucault à cet effet), une punition est un acte symbolique (pas nécessairement coercitif) sur un individu ou un groupe afin premièrement de lui faire subir les conséquences d'un geste et également pour donner l'exemple au reste du groupe afin de se discipliner et ne pas agir de la sorte dans le futur. Si l'on adoucit une règle en tant que tel lors d'une punition, si on permet à l'équipe de dégager alors qu'à forces égales on ne peut pas, pourquoi donc punir? Si les joueurs sur le PK passent justement, comme le disait Leclerc, 2 minutes sans pouvoir dégager et sans pouvoir retourner à forces égales suite à un but, le joueur punit n'irait pas dans la chambre des joueurs sans se faire recommander de se tenir tranquille par le reste du groupe qui a payé le coût physiquement et probablement au niveau du score... On ferait en sorte que le hockey se disciplinerait pas mal plus si tel était le cas...

(Donc plus de job pour les Hal Gill de ce monde...)

4. Un joueur suspendu est un joueur actif - Encore une fois, à quoi bon punir si la mesure ne fait pas mal à l'équipe, au groupe? Alors pourquoi suspendre un joueur dans l'alignement si on peut faire venir un joueur des ligues mineures pour palier à son absence. Prenons le cas de Shawn Thornton qui a récemment écopé de 15 matchs qui aurait dû probablement être plus compte tenu que sa sauvage agression s'est déroulée en dehors du jeu (c'est ici mon opinion). Si, par exemple, les Bruins ont un joueur de moins dans leur alignement durant 15 matchs (environ 4 semaines), ils risquent peut-être de payer le prix si des joueurs sont moins performants ou si des joueurs se blessent. L'alignement étant limité et les chances de pouvoir aller chercher des joueurs dans les filiales, c'est l'équipe qui paie le prix pour un geste en apparence immoral de la part d'un joueur de l'équipe et poussera l'équipe à peut-être reconsidérer l'embauche de tels joueurs à l'avenir...


5. Permettre les buts avec le pied et les mains - J'ai entendu Dany Dubé récemment discuter du fait que, selon lui, les buts marqués avec les pieds et les mains en dehors du cercle du gardien devraient compter. J'avoue avoir pensé à ça longtemps, quitte à ne pas dormir la nuit, mais en y réfléchissant bien, on ne peut qu'en venir à se poser une question, What's wrong with that? Le but du hockey est bien certainement de marquer des buts, mais qu'est-ce qui fait en sorte qu'il faille absolument marquer avec un bâton? En balisant le fait qu'on ne puisse marquer avec la main ou le patin dans le cercle de mise en jeu on fait en sorte que le travail du gardien s'avère possible et que ce dernier n'a qu'à s'assurer de surveiller les bâtons ou les rondelles qui viennent de l'extérieur de ce cercle... Je ne vois aucune raison de refuser un but "kicking motion" si ce dernier vient, par exemple, du cercle de mise en jeu. Si tel est le cas, le but est sans conteste la faute du gardien...


4. Avoir le droit de contester une décision de l'arbitre - Si les arbitres peuvent avoir des doutes sur leurs décisions "arbitraires", pourquoi les équipes ne l'auraient pas? Donc si les arbitres ont le droit d'aller voir une instance extérieure pour revoir une décision, donc de demander au "War Room" de Toronto si un but est bon ou pas, pourquoi ne pas donner ce droit à l'entraîneur de l'équipe, comme au football, de faire revoir au moins une décision par match à ce fameux tribunal inquisiteur? Sinon, on devrait éliminer le droit de consulter la reprise vidéo par les arbitres et laisser l'arbitraire régner comme du temps du but d'Alain Côté... L'arbitre a refusé le but, donc il n'est pas bon, point à la ligne...

C'est peut-être ma proposition la plus contestable du lot je crois... En fait, je serais plus radical et je me dis que si personne ne peut appliquer objectivement toutes les décisions, si par exemple, malgré les reprises vidéo il y a encore des buts douteux, vaut mieux abandonner le processus et revenir à un sport  100% arbitraire, comme au soccer par exemple. Bien certainement il y aurait des débordement, des inégalités, de buts refusés et des des buts contestables, mais ça ferait en sorte que ce qui est sur la glace est décidé sur la glace, pas à l'extérieur.

Par exemple, je vais souvent voir du hockey universitaire et il n'y a pas de reprises vidéos. Ça arrive souvent par exemple qu'on voit la rondelle rentrer dans le but parfois "ostensiblement" (pour reprendre un terme à la mode), parfois subtilement, et que l'arbitre poursuive le jeu. Et selon moi, à moins de choses assez flagrantes, rappelez-vous le fameux but de l'Angleterre lors de la Coupe du Monde de 2010 au soccer, ça ne change souvent pas grand-chose à un match. Je dirais même qu'il faudrait vérifier l'incidence de buts du genre qui sont soit bons ou refusés alors qu'il n'en est réellement le cas, mais peut-être qu'on a affaire à des insignifiances statistiques. Si un but sur 100 est bon alors qu'il n'aurait pas dû l'être ou vice versa, à quoi bon se doter d'un système de révision si l'entraîneur de l'équipe n'y a pas accès à sa demande en cours de match... En statistique, 1% de marge d'erreur, c'est peu... Donc on abandonne les reprises vidéos au hockey ou on donne la chance aux équipes d'avoir accès à cette dernière, probablement avec certaines restrictions, afin d'être certain à 100% qu'un but est bon.


6. Fini les tirs de barrage - J'ai parlé souvent de cette chose qui est très fondamentalement opposée à la nature du sport. Les tirs de barrage sont en quelques sortes l'emblème-même de ce qui constitue des règlements populistes et économiques au hockey tout en faisant abstraction d'un de ses caractères fondamentaux. Le hockey est un sport d'équipe, alors pourquoi le décider de l'issue d'un match avec des "skills" individuels? Il n'y a pas toujours une fin dans la vie, alors pourquoi ne pas revenir aux matchs nuls... Je sais bien que pour le gars qui paye 150$ pour aller voir un match de hockey, il est bon d'avoir une "fin au final", mais "fondamentalement parlant", c'est contre les fondements d'un sport d'équipe de décider le tout individuellement, n'en déplaise à Lars Eller, un artiste du tir de barrage s'il en est...


Pourquoi pas un autre 5 minutes à 3 contre 3, donc en équipe, comme c'est souvent proposé, et ensuite, fuck off, c'est fini, une nulle, un point chaque? Après tout, il y a des soirs où ça ne veut tout simplement pas rentrer dans le but...

Jean Dion parlait justement des matchs nuls récemment et donnait par exemple le fameux match Canadiens/Armée Rouge du 31 décembre 1975, jugé le plus grand match à avoir été joué de l'histoire du hockey avec deux H majuscules si vous me permettez. Ce légendaire match se termina par une nulle devant l'éternel... Auriez-vous vu ce légendaire match se terminer en tirs de barrage?


7. Fini le "point baveux" - Quand on perd, on perd... Pourquoi donner un point, donc récompenser, une équipe qui perd, même en supplémentaire? Comme on dit en démagogie, poser la question, c'est y répondre...



N'hésitez pas à me soumettre vos règlements basés sur les aspects fondamentaux du hockey sur Twitter et Facebook ou à les discuter. 

4 commentaires:

Olivier a dit…

Fort pertinent, comme toujours.

J'aime particulièrement la suggestion de Martin Leclerc sur les dégagements refusés ainsi que l'idée selon laquelle "ce qui se passe sur la glace reste sur la glace".

Mais bon, la LNH fait beaucoup d'argent ces temps-ci à chercher à plaire à l'amateur, alors faut pas attendre de changements radicaux.

Je pense (faudrait retrouver les données) que le goon, entendu comme joueur qui ne fait que se battre, date essentiellement des années 80. Alors pour ce qui est de la "tradition" incarnée par les Parros de ce monde, on repassera. Je ne serais pas surpris de voir ce type de joueur disparaître définitivement une fois que les dirigeants ayant joué dans les années 80 (hey, yo, Millbury!) soient passés minoritaires.

Martin ITFOR a dit…

En fait, je pense que ça date plus des années 70, quand le nombre de joueurs permis dans l'alignemement a augmenté...

En lisant l'autobiographie de Dave Schultz, on voit qu'il a le schéma typique d'un goon, genre bon jusqu'à ce qu'il se fasse dire que sa seule manière de se rendre dans la NHL c'Est avec ses poings, si tu lis sur le parcours de bien des joueurs c'Est à peu près le cas, dans le junior ou dans les ligues pros, c'est ça que les futurs goons se font dire...

McRoy a dit…

J'aime beaucoup ça!
Sans éliminer les bagarres, on se doit d'éliminer les goons de professions.
Terminer les suspensions aux jambons aussi. Quand un gars comme John Scott est suspendu, on devrait le forcer à jouer 10mins par match pour les X prochains matchs. Là ça ferait mal à l'équipe.
Pis 3pts pour une victoire, 2pts pour une victoire un prol et 1pt pour un défaite en prol, c'est logique me semble...

Ah oui et la chose la plus absurde... 2 associations de 15 équipes SVP !!!

Alexandre Béland a dit…

Je suis presque entièrement d'accord avec toi, et ce billet est d'une grande pertinence.

Presque, parce que je suis indécis sur la question de purger entièrement une mineure. En fait, je suis d'accord avec l'idée de départ : on te décerne deux minutes de punition, tu passes deux minutes en punition. Ça tombe sous le sens.

Mais la notion même d'un avantage numérique vise à faciliter que l'équipe adverse marque un but afin de punir le geste répréhensible. Si on le voit de cet angle, on décerne plutôt une punition de «but potentiel pendant deux minutes». Si le potentiel se concrétise, la punition a atteint son objectif et on peut reprendre à forces égales. Ça me semble aussi sensé comme interprétation.

Bref, l'un et l'autre me semblent convenables. Toutefois, dans la mesure où la LNH tente d'augmenter le nombre de buts, l'option que tu présentes est plus intéressante.