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mercredi 23 avril 2014

Le hockey au sens littéraire #2 - Jean Perron, Profil d'un vainqueur




Le fait que Jean Perron ait réussi à entrainer le Canadien de Montréal vers un championnat de la Coupe Stanley en 1986 m’a toujours laissé pantois. Né l’année suivant ce championnat, je n’ai eu conscience de l’existence de ce personnage alors qu’il n’entraînait plus depuis des lustres et qu’il en était réduit à occuper un rôle de commentateur d’expression plutôt gauche, pas nécessairement dans le sens politique du terme.



Environ à pareille date l’an dernier, un de mes bons amis, qui fréquente assidument l'annuel Solde des livres des Amis de la Bibliothèque de Montréal – un événement durant lequel cette dernière se déleste à très bas prix d’exemplaires superflus de livres mordant la poussière sur ses tablettes –, m'a fait parvenir un message texte qui se lisait à peu près comme suit : « J’ai trouvé une biographie de Jean Perron à 1$, je te l’offre! ». J’ai beau avoir une très sérieuse maîtrise en histoire derrière la cravate, me faire présenter un bouquin de ce genre me charmera toujours, tout autant que sa lecture.

Je n’avais aucun souvenir du lancement d’une telle biographie. Il faut dire que la publication de Jean Perron, Profil d’un vainqueur remonte quand même à l’an 2000. Rédigé à la première personne par un certain Étienne Marquis, à partir de propos recueillis par un autre quidam – Jean Bouchard celui-là –, le livre en question a été publié aux Éditions Trustar, qui était la société derrière le magazine 7 Jours jusqu’à son acquisition par Québécor. On est donc en droit de s’attendre à la lecture d’un ouvrage très savant.


En vérité, à travers ces pages, Jean Perron raconte très sobrement son parcours, ressassant ses souvenirs pratiquement tels qu'ils lui viennent en tête. Le tout est présenté de manière chronologique, soit de sa naissance en 1946 jusqu’à son bref séjour comme entraineur du Moose du Manitoba durant la saison 1996-1997 en passant évidemment par son tout aussi marquant que rocambolesque passage à la tête du Canadien entre 1985 et 1988. Heureusement, ou dirais-je plutôt, malheureusement, vu les attentes que j’avais à l’égard du personnage, je n’ai noté dans cet écrit aucune aberration linguistique ou syntaxique notable. À bien y penser, l’utilisation fréquente de points de suspension en fin de paragraphe, comme dans plusieurs ouvrages de ce genre d'ailleurs, finit par être agaçante pour l’œil…

Le passage de Perron comme entraineur chef du Canadien occupe à l'évidence la plus belle part des pages de cette biographie. Il n’en demeure pas moins intéressant d’apprendre qu’il détient une maîtrise en éducation physique de l’Université d’État du Michigan (Michigan State University), malgré le fait qu’il provenait d’un milieu extrêmement modeste. Sa première expérience comme entraineur au hockey fut également dans le milieu universitaire à la tête des Aigles Bleus de l’Université de Moncton de 1972 et 1983. C’est ainsi qu’à son arrivée dans le monde du hockey professionnel, il fit, selon ses propres dires, l’objet d’une certaine méfiance. Il fut en effet étiqueté comme un universitaire, dans le sens plutôt péjoratif du terme, dans un monde où l’intellectualisme n’était effectivement pas des plus valorisés. C’est une étiquette que je n’aurais certes pas cru lui voir être attribuée avant de commencer cette lecture.

Suite à son long stage à l’Université de Moncton, Perron devint entraineur adjoint de l’Équipe olympique canadienne en 1984, juste assez longtemps pour se rendre compte que l’entraîneur chef Dave King – qui fut l’adjoint d’Alain Vigneault avec le Canadien au tournant des années 2000 – n’était pas des plus francophiles. C’est après les Olympiques d’hiver de Sarajevo qu’il a été invité à se joindre au Canadien en tant qu’entraineur adjoint à Jacques Lemaire pour la saison 1984-1985. Il avait été également sollicité par les Nordiques de Québec. Pour la petite histoire, il semblerait que Michel Bergeron ne voulait rien savoir de cet « intellectuel du hockey ». Comme quoi il n’en faut que très peu pour être considéré comme un docte par rapport au Tigre.

Il n’était pas prévu que Perron devienne entraineur chef du Canadien à court terme. Cela se produisit pourtant dès l’aube de la saison 1985-1986, suite à la démission surprise de Lemaire. Perron soutient avoir été le premier surpris de la tournure des événements, et il sentit que ses joueurs le furent tout autant. Ses premiers mois à la tête du club ne furent pas des plus reposants, l’équipe ne produisant pas à la hauteur des attentes espérées, tandis que les joueurs étaient plutôt indisciplinés. Certains chroniqueurs sportifs se mirent même à exiger sa rétrogradation à peine quelques semaines après son entrée en poste. Perron souleva toutefois la Coupe Stanley au mois de juin suivant. Il en fut encore une fois le premier surpris.



Avec un championnat en poche, Perron a jugé qu’il avait les coudées franches pour imposer ses vues « d’universitaire » dans la culture du Canadien. Il s’entoura, entre autres, d’un psychologue sportif et d’un nutritionniste pour optimiser les performances de ses joueurs, de même que d’un informaticien pour développer un système de compilation des statistiques, tout en se référant activement à la technologie vidéo, ce qui était plutôt avant-gardiste en 1986. Son emploi n’est pas devenu une sinécure pour autant. L’essentiel de son équipe était composée de jeunes loups difficiles à garder en laisse. La pression médiatique croissait quant à elle en cette seconde moitié des années 1980, alors que les journalistes se mirent à épier jusque dans le détail même les entrainements de l’équipe.

À peine un an après avoir remporté la Coupe Stanley, Perron admet que la cohésion de son équipe s’était déjà altérée et qu’il a eu du mal à renverser cette tendance. Claude Lemieux, Petr Svoboda, Chris Chelios et Shayne Corson, entre autres, lui en firent voir de toutes les couleurs. À l’été 1988, il apprit en pleines vacances en Guadeloupe, par l’entremise de journalistes l’ayant retracé, que le Canadien n'allait pas renouveler son contrat. Le directeur général Serge Savard lui avait pourtant promis de lui faire signer une nouvelle entente à son retour de voyage. Il en a résulté une conférence de presse totalement surréaliste où Perron a soutenu ne pas trop savoir s’il avait été congédié ou s’il avait été « démissionné ».

Perron affirme que ce non-renouvellement de contrat visait en vérité à faire de lui le bouc émissaire pour les frasques commises par certains de ses joueurs. Ces incartades avaient causé de sérieux remous au sein de la très haute direction du club – lire ici : le président Ronald Corey – qui tenait au maintien de l’aura de respectabilité de la Sainte-Flanelle. Il juge que cela ne peut être que la seule explication étant donné que l'équipe avait maintenu une fiche plus qu’honorable lors de ses trois saisons de gouverne. Il admet tout de même que sa présence à la tête du club n’a jamais fait l’unanimité en raison de sa réputation « d'intellectuel ». Perron considère même que Pat Burns, qui lui a succédé et qui était pourtant un ancien policier, n’a pas su être meilleur que lui au plan de la discipline. N'apprivoise pas Shayne Corson qui veut.

Perron ne tarda toutefois pas à retomber sur ses pattes en étant engagé dès le mois de juin suivant comme adjoint au directeur général des Nordiques, avant d'être nommé entraineur chef de l'équipe au mois de décembre de la même année. Il estime que sa décision de joindre l’équipe de Québec fut l’une des plus regrettables de sa carrière. L’équipe était alors en pleine déroute et la direction n’aurait pas suivi ses conseils à l'effet qu'il valait mieux d'échanger quelques gloires, tels Stastny et Goulet, tandis qu’ils avaient encore une valeur marchande. Il fut soi-disant vivement critiqué pour avoir remis en question la place de ces intouchables, tant au sein de ses troupes que du côté la direction du club et des médias. Après seulement une demi-saison plutôt chaotique à la barre des Nordiques, il fut tassé à la faveur du grand retour de Michel Bergeron, qui revenait d'un passage avec les Rangers de New York. Perron note, non sans satisfaction, que Bergeron n’a pas fait mieux que lui, sinon pire. Décidément, « après moi le déluge » semble être sa maxime.



C’est suite à son passage avec les Nordiques que Perron a entamé la carrière médiatique grâce à laquelle il a laissé sa marque avec ses fameux « perronismes ». Il n’insiste pas trop sur ce dernier sujet, préférant rappeler les divers scoops qu’il a débusqués et la compétition féroce qu’il a encore une fois livrée à Bergeron, cette fois-ci dans l’arène radiophonique. Il consacre malgré tout un petit chapitre aux « perronismes ». Il soutient que ceux-ci ont été plutôt montés en épingle par des journalistes et des humoristes pour ridiculiser les « joueurnalistes » qui étaient de plus en plus présents dans les médias sportifs québécois au début des années 1990. Perron y voit une forme de jalousie chez ces gens formés en communication, ce qui n’était pas son cas, tient-il à le rappeler pour sa défense.

Tout compte fait, la lecture de Jean Perron, Profil d’un vainqueur – quel titre de champion – m’a permis de découvrir un homme de hockey doté d’un entendement que je ne soupçonnais point à l’écoute d’extraits radio et télévisuels décousus le mettant en vedette. Produit du monde universitaire, Perron est arrivé à la tête du Canadien muni de nouvelles idées pour optimiser les performances de ses joueurs, ce qui a visiblement fait école. Néanmoins, sa propension évidente à rejeter la faute sur l’un et sur l’autre, pour éviter de se remettre en question lui-même, lui a certainement coûté une carrière d’entraîneur plus longue au sein de la LNH. Peut-être est-il devenu trop rapidement calife à la place du calife, et également champion par dessus le marché. Une telle tête de hockey aurait sans doute pu être un excellent entraineur adjoint se dévouant au développement des joueurs plutôt qu'à la discipline, un aspect du métier qu'il n'a jamais vraiment maîtrisé.

Cela étant dit, le Solde des livres des Amis Bibliothèque de Montréal 2014 se déroulera du 26 avril au 4 mai à l’aréna Étienne-Desmarteau. Si vous tombez à tout hasard sur une obscure biographie d’un personnage du monde du hockey, vous me savez preneur. 

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Bonus : Mon « perronisme » favori, Jean Perron qui déclare le plus sérieusement du monde que les Russes sont « difficiles à pénétrer » à la défunte émission L'Attaque à cinq - le successeur oublié de 110%. Justement, on ne le voit et ne l'entend plus beaucoup depuis la fin de ce programme. Ça ne doit pas être de sa faute...


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