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mercredi 26 février 2014

Derek Sanderson









À la base, Derek Sanderson n’était pas le joueur le plus talentueux.  Lors de son passage avec les Flyers de Niagara Falls (un club affilié aux Bruins), il était entouré de joueurs avec plus de potentiel que lui.  Par contre, il affichait une grande combativité, un désir de vaincre, de l’ardeur au travail et un refus de reculer devant qui que ce soit.  Ce sont ces qualités qui attirèrent l’attention de nul autre que le propriétaire des Bruins, Weston Adams Sr., qui se mêlait également de dépistage.  C’est donc malgré les avis de Hap Emms, qui gérait les Flyers, et de ses recruteurs, que Sanderson devint d’une certaine façon son protégé.
 
Sanderson ne le déçut pas.  Il aida l’équipe à remporter la Coupe Memorial en 1964-65 et se mérita le championnat des pointeurs en 1966-67. 
 
L’année suivante, il se tailla une place à Boston, alors que l’équipe était à un tournant.  Suite à plusieurs années de médiocrité (voir texte du 19 août 2013), l’espoir renaissait.  Après avoir acquis Gerry Cheevers, les Bruins avaient ajouté à leur alignement en 1966-67 la jeune sensation, Bobby Orr, qui gagna évidemment le Trophée Calder (recrue de l’année).  De plus, au cours de la saison morte, Milt Schmidt dévalisa littéralement les Black Hawks en leur soutirant Ken Hodge, Fred Stanfield et surtout Phil Esposito en retour de Pit Martin (voir texte du 29 octobre 2012), Gilles Marotte et Jack Norris.  C’est dans ce contexte qu’arriva Sanderson.  Sa performance de 24-25-49 lui valut le Trophée Calder, un deuxième en deux ans pour les Bruins. 
 
Par contre, il était loin d’être une vedette de l’équipe, qui n’en manquait pas.  Son principal rôle était de jouer sur la troisième ligne, habituellement avec Don Marcotte et Ed Westfall, et de s’occuper des infériorités numériques.  Il se rendit toutefois compte qu’il pouvait tout de même attirer l’attention en faisant des déclarations juteuses aux journalistes.  Il se forma ainsi une image de coureur de jupons à la vie sociale trépidante.  Dans le contexte de la fin des années 1960, cette image le rendit très populaire et la caricature devint éventuellement réelle.
 
Il se fit pousser les cheveux et une moustache, en plus de s’habiller à la mode, toutes des choses mal vues dans le monde du hockey de cette époque. Il devint ainsi une vedette, même si sur la patinoire, il n’en était pas vraiment une.  Il anima une émission de télé dans la région de Boston et joua dans un film (qui ne passa pas à l’histoire). 
 
Une autre star « dans le vent » de cette période, le quart-arrière des Jets de New York Joe Namath, le contacta aussi, pour ouvrir une boîte à la mode.  Ils ouvrirent donc  Bachelors III à Boston, avec un autre partenaire.  Sanderson se mit ainsi à passer les soirées où il était à Boston à sa boîte, à boire, faire la fête et accumuler les conquêtes.
 
Sanderson avait déjà commencé à boire sérieusement pour surmonter sa peur des avions.  Son mode de vie ne fit qu’en rajouter. 
 
Sur la patinoire, Boston était une puissance.  Bien qu’elle avait probablement le potentiel d’en gagner plus, l’équipe gagna la Coupe Stanley en 1970 et en 1972.  De son côté, Sanderson participa à l’image des « Big Bad Bruins ».  Il alla même jusqu’à pourchasser un partisan des Canadiens jusqu’à l’extérieur du Forum, en se retrouvant en patins et dans son uniforme, au coin des rues Sainte-Catherine et Lambert-Closse.
 
C’est en 1972 qu’arriva l’Association Mondiale de Hockey (AMH).  Sanderson avait tenté au fil des ans de renégocier un contrat qu’il jugeait peu avantageux.  Les Bruins lui avaient répondu qu’il devait honorer sa signature et que le tout serait revu à l’échéance.  L’échéance était venue. 
 
Sanderson voulait 80 000$ par année.  Les Bruins lui offrirent 75 000$.   C’est alors que les nouveaux Blazers de Philadelphie le contactèrent.  Ils appartenaient à deux hommes (un beaucoup plus riche que l’autre) qui ne connaissaient rien au hockey, mais qui aimaient l’idée de posséder une équipe de sports. 
 
Les négociations (menées par le propriétaire qui avait le moins d’argent, alors que c’est l’autre qui garantissait les salaires) furent complètement surréalistes.  Obnubilés par son image de « personnalité » et sans se rendre compte que Sanderson n’était pas un joueur d’exception, les Blazers le voulaient à tout prix.  Même en ne disant presque rien, Sanderson fit monter les enchères à un niveau inégalé pour l’époque. 
 
Il obtint le titre de capitaine, de jouer sur les avantages numériques, de ne pas faire d’échanges sans sa permission, de ne pas déménager l’équipe sans sa permission, le droit de rater certains matchs où il fallait prendre l’avion (dont il avait peur), une suite à l’hôtel lors des voyages, un chauffeur pour lui et un autre pour sa copine et un poste de dépisteur pour son père (50 000$ par année pendant cinq ans).  Mais surtout, il obtint un contrat de 10 ans pour 2 650 000$.  Le dernier 50 000$ fut ajouté pour surpasser le contrat que Pelé avait signé avec le Cosmos de New York de la North American Soccer League (NASL).  Ainsi, il devenait l’athlète le mieux payé de la planète.  Une autre façon d’attirer l’attention pour la ligue.  Pas si mal pour un joueur de troisième trio… 
 
(Le contrat de Bobby Hull, aussi avec l’AMH, était également très généreux, mais structuré différemment.  Il était au montant de 2 750 000$, mais comprenait un bonus de la ligue de 1 000 000$ à la signature, cinq ans comme joueur à 250 000$ et cinq ans dans d’autres tâches après sa carrière, à 100 000$ chacune.)
 
Sanderson eut malgré tout de grandes hésitations.  La ligue était nouvelle et semblait instable.  (Avant de devenir les Blazers de Philadelphie, l’équipe s’appelait les Screaming Eagles de Miami et déménagea avant même de jouer un seul match.)  De plus, Sanderson ressentait une certaine loyauté envers Adams, qui avait toujours cru en lui.  Au cours de ses négociations, il s’était brouillé avec l’avocat des Bruins, avant de finalement s’entendre (pour 80 000$) avec Adams lui-même.  Au moment de signer son contrat, Sanderson demanda à ce que l’avocat ne soit pas présent.  Lorsqu’il se présenta et s’aperçut qu’il y était, il partit en furie et alla accepter l’offre des Blazers.
 
Sanderson alla ainsi rejoindre son coéquipier John McKenzie, engagé comme joueur-entraîneur.  Boston perdit également Ted Green aux Whalers de la Nouvelle-Angleterre et Gerry Cheevers aux Crusaders de Cleveland.  La question se retrouva devant les tribunaux, parce que la LNH prétendait que la clause de réserve dans leur contrat empêchait les joueurs de signer avec l’AMH.  La LNH fut finalement déboutée.  Par contre, en guise de représailles, les « traîtres » furent exclus de l’équipe de la Série du siècle.  Ceci coûta sans aucun doute une place à Bobby Hull, et probablement aussi à Jean-Claude Tremblay, Cheevers et Sanderson, qui avaient tous été initialement invités au camp.
 
Sanderson ne se présenta pas immédiatement au camp des Blazers.  Les contrats de la LNH venaient à échéance le 1er octobre et l’AMH ne voulait pas prêter flanc aux poursuites.  Au début de la saison, il n’était donc pas au sommet de sa forme.  Le premier match à domicile des Blazers fut aussi une catastrophe.  La glace du désuet Civic Center ne reposait pas sur un plancher de ciment et la Zamboni s’y enfonça.  Le match dut être remis et Sanderson (le capitaine, comme il l'avait exigé) dut s’en excuser auprès des spectateurs, qui se mirent à lui lancer les rondelles qu’on leur avait remises à l’entrée. 
 
La malchance des Blazers (qui devaient lutter contre des Flyers bien implantés) ne s’arrêta pas là.  Bernard Parent fut blessé, tout comme John McKenzie, qui fut remplacé derrière le banc par Phil Watson, un ex-entraîneur des Rangers, issu de la vieille école et que les joueurs détestaient.  Sanderson se blessa également au dos, en raison de la mauvaise qualité de la glace.
 
L’équipe mit en doute sa blessure.  Il faut dire que si ça avait été le cas, elle aurait pu servir de prétexte à se défaire de l’énorme contrat de Sanderson.  Celui-ci plombait sérieusement les finances des Blazers, qui avaient bien peu de succès aux guichets.
 
De son côté, Sanderson ajouta à son mode de vie déjà dissipé des quantités d’argent, qu’il se mit à dépenser sans compter. 
 
En bout de ligne, les deux parties finirent par s’entendre sur un rachat de contrat, au montant d’un million.  Sanderson ne joua finalement que 8 matchs avec les Blazers (3-3-6) et retourna avec les Bruins.  Par contre, ceux-ci avaient maintenant Bep Guidolin (voir texte du 1er avril 2013) derrière le banc, un entraîneur de la vieille école avec qui Sanderson ne s’entendait pas.
 
Quant aux Blazers, ils déménagèrent à Vancouver à la fin de la saison.
 
En juin 1974, Sanderson fut échangé aux Rangers.  Il connut une bonne première saison dans la Grosse Pomme, mais il se mit également à consommer de la cocaïne.
 
L’année suivante, suite à une autre brouille avec son entraîneur, il fut échangé à une ville avec une vie nocturne beaucoup plus tranquille, St-Louis.  La recette lui réussit, puisqu’il obtint 67 points, un sommet en carrière.
 
Mais ça ne dura pas.  Il se brouilla à nouveau avec son entraîneur et fut placé au ballotage, sans être choisi.  S’en suivit un tour dans les mineures, avant de se retrouver avec les Canucks. 
 
Au camp de 1977, Sanderson fut impliqué dans une sévère bagarre dans un club de danseuses, pour ensuite être libéré par Vancouver.
 
Ses problèmes d’alcool et de cocaïne ne firent qu’empirer.  Et lorsqu’il eut finalement idée de se renseigner au sujet de ses investissements (la partie de son avoir qu’il n’avait pas dilapidée), il se rendit compte qu’il n’avait plus rien.  Complètement à la dérive, il passa du temps dans la rue.
 
Lorsqu’il passa près de mourir, il décida de se prendre en main.  Il tenta la réhabilitation et se remit à s’entraîner.  C’est Ted Lindsay, à ce moment à la tête des Red Wings, qui lui donna une chance, malgré qu’il s’était montré critique de Sanderson au fil de sa carrière.  Lindsay n’avait par contre pas l’intention de le faire jouer à Détroit, du moins à court terme.  Il le considérait plutôt comme une police d’assurance.  Lorsque les Penguins offrirent un essai à Sanderson, il sauta sur l’occasion, laissant Détroit en plan et mettant Lindsay en rogne.
 
Après quelques matchs dans les mineures, Sanderson joua 13 parties avec Pittsburgh, ses derniers dans LNH.  En 598 matchs, sa fiche est de 202-250-452.
 
Il fit ensuite plusieurs tentatives de réhabilitation, incluant certaines payées par son ami Bobby Orr.
 
C’est finalement en 1980 qu’il réussit à vaincre ses problèmes.  Il travailla pour la ville de Boston à faire des conférences aux jeunes, pour les sensibiliser aux dangers de l’alcool et des drogues.  Par la suite, il fit la description des matchs des Bruins.  Il est aujourd’hui marié, père de deux garçons et travaille comme conseiller financier auprès des athlètes.  Il y trouve une motivation à leur éviter ce qui est arrivé avec son propre argent.  
 
Sources :
 
Willes, Ed, The Rebel League, the short and unruly life of the World Hockey Association, McClelland & Stewart, 2004, p.46-56,
 
Sanderson, Derek & Shea, Kevin, Crossing the Line, HarperCollins Publishers, 2012.
 
legendsofhockey.net.

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